Un "Petit Saut" vers le Lac...

Le Lac de "Petit-Saut"

Le fleuve Sinnamary est le cinquième fleuve de Guyane. Long de 260 kilomètres, il prend sa source dans le massif central guyanais au nord de Saül. C’est le plus profond des fleuves de Guyane. La marée se fait sentir jusqu’à Petit-Saut soit à 80 km en amont. Son bassin versant a une superficie de 6565 km².

Saut des Titans, saut Timourenguin, saut Sococoroman, saut Troulinbrinquin et enfin Petit-Saut… son nom change au gré des peuples, des mémoires et des quelques lettrés qui griffonneront son nom sur une ébauche de carte ou dans un récit d'exploration. En Guyane, un saut désigne un affleurement du substrat dans un fleuve ou un crique, générant des rapides. Avant 1989, Petit-Saut était l'une de ces zone de rapides tumultueux sur le fleuve Sinnamary. A présent, c’est l’emplacement d’un barrage hydroélectrique retenant une étendue d’eau de 365 km², soit trois fois la surface de Paris intramuros ou 1/3 de la superficie de la Martinique. 

L’accueil du projet hydroélectrique fit débat, « Petit-Sôt » (comme le présente le journal « Le Pou d’Agouti » en 1994) est mal perçu par des habitants soucieux de préserver leur fleuve, leurs métiers parfois liés à celui-ci, et surtout leur vie, dans la crainte inspirée par ces quelques mètres de béton retenant une véritable mer intérieure.

Aujourd'hui, la reconquête du milieu occupé par le lac est double, naturelle et anthropique. C’est d’abord un écosystème en construction, si de nombreuses espèces (animales comme végétales) ont déserté le territoire, d'autres s’y sont développées, colonisant des milieux nouveaux. 

La conquête du lac est également humaine ; la vallée du Sinnamary, qu’elle soit en fleuve ou en lac, demeure l’une des grandes routes du métal jaune. Elle représente un nouveau terrain pour les canotiers, les pêcheurs… 
Le paysage est unique en Guyane, les îlots verdoyants ceinturés d’arbres morts, contraste avec le paysage fluvial habituel. Ces îlots sont hérités du relief local. Au nombre de 214, ils représentent les sommets émergés des collines englouties. La facilité d’observations de la faune qu’offre le lac attire tant les touristes… que les braconniers. Ces derniers furent nombreux, la chasse étant aisée dans ces nouveaux espaces, où les îlots constituent de véritables pièges. En 2014, une loi vint renforcer l’interdiction d’y chasser déjà formulée en 1995.

Toujours en compagnie de Elodie et David, nous louons une pirogue à Kourou pour rejoindre le lac en 4x4.

Petit débriefing sur les règles de sécurité...

Mise à l'eau de la pirogue 


L'expédition est composée :
Des biches bien entendu !

Du capitaine car il en faut un :)
(et il a le permis bateau)

Elodie qui fait le guet car il y a des arbres morts partout 

Et enfin du petit toutou Hadès ! 

Le paysage est très particulier, le lac ayant recouvert une ancienne forêt, de nombreux troncs morts dépassent encore.
Certains affleurent le lac, on ne les voit qu'en passant dessus, ce qui nous a parfois surpris quand la pirogue frotte et se soulève un peu !





En pirogue, il faut être équipé notamment de bonnes capes de pluies car on reçoit de grosses averses !

Le camp Saut Tigre
L’ancien camp pénitentiaire de Saut Tigre est l’un des trois Etablissements Pénitentiaires Spéciaux  de Guyane. Ces établissements s’inscrivent dans un double objectif. Premièrement, il s’agit d’isoler les indépendantistes indochinois, par crainte d’une vague nationaliste en Cochinchine. Deuxièmement, cette extradition est l’opportunité d’amener une main-d’oeuvre gratuite au territoire de l’Inini.

Ce camp fonctionna de 1931 à 1942. Les indochinois déportés, soit directement d’Asie, soit des deux autres camps guyanais, sont employés à des tâches agricoles, où selon la formule d’un inspecteur, « le bagne doit nourrir le bagne ». Au maximum, le camp Saut Tigre accueillit 280 prisonniers. 

Aujourd’hui, trois bâtiments du camp pénitentiaire sont en dehors des eaux du lac de Petit-Saut ; il s’agit de la pharmacie abritant les appartements du médecin, du logement des officiers et de la maison du capitaine-commandant, comprenant la cuisine. En saison sèche, d’autres vestiges apparaissent avec la descente des eaux (borne, rails, etc.).

La dernière fois qu'Elodie et David sont venus, ils avaient pu accoster et visiter les ruines de la maison du capitaine ! Le niveau de l'eau a bien monté en quelques semaines.

Saut Lucifer, que nous avons atteint après 3h de navigation

Après une bonne ballade en pirogue, nous avons rejoint notre petite île privée pour la nuit. Assez incroyable, mais vrai, de passer une nuit ici ! On se croirait dans le roman de Daniel Defoe...



 Il y a assez peu de poisson dans ce lac alors nous préférons la côte de bœuf ^^


Une preuve de plus que le niveau de l'eau est important : Elodie et David étaient venu sur ce même lieu il y a 1 mois, et il y avait une passerelle devant le carbet pour se biagner, faire le bbq... Nous nous retrouvons avec un espace restreint où, après dîner, on installe les hamacs !


Le lendemain matin, nous reprenons la pirogue dès 6h, l'heure des oiseaux, pour observer la faune présente. Le paysage est d'autant plus remarquable avec la brume qui se lève.






 



 Nous avons pu apercevoir une 20taine d'espèces d'oiseaux.

 Les Aras chloroptère et Aras rouge colorés




Les Toucans ou "gros bec" en Créole.
Il existe 6 espèces de toucans : le toucan à bec rouge, le toucan ariel (en bleu le plus beau !) le toucanet koulik, l'araçari grigri et vert. Enfin, le toucan toco, le seul classé en espèce protégée, que nous n'aurons pas la chance de voir. Son habitat est plutôt celui des mangroves le long du littoral.


 Le voyez vous celui là ? Bien caché ce toucan Ariel

Petit déjeuner bien mérité après toutes ces émotions.

Changement de capitaine pour le retour au degrad ! :)


La Guyane est surprenante car elle nous révèle au fur et à mesure de nos escapades, des paysages différents. Ambiance super avec nos amis !











Commentaires