Des dinosaures sur la plage
Les plages de Guyane comptent parmi les plus importants sites de pontes de tortues marines au monde. Il existe 7 espèces de tortues marines.
Sur ces sept, 5 espèces viennent régulièrement en Guyane mais 3 espèces y sont plus présentes : la tortue luth, la tortue olivâtre et la tortue verte. Espèces menacées, les tortues marines font l'objet de programmes d'études et de conservation depuis de nombreuses années en Guyane. Ce qui est étonnant avec les tortues marines, c'est qu'elles viennent pondre sur la plage sur laquelle elles sont nées !
Principalement deux espèces viennent en nombre pondre sur les plages de Rémire-Montjoly (où nous habitons) et de Cayenne. Il s'agit de la tortue olivâtre et de la tortue luth.
La tortue olivâtre : la plus petite tortue marine avec un poids moyen de 36kg pour une taille de 70cm. Elle se nourrit de divers aliments : crustacés, poissons, mollusques, méduses et parfois algues et herbes marines. Entre les mois de juin et août, les plages de l'Ile de Cayenne accueillent jusqu'à 90% des pontes de Guyane pour l'espèce. Chaque année, entre 1 500 et 3 000 pontes sont recensées : il s'agit probablement du plus gros sites de ponte d'Amérique de Sud pour la tortue olivâtre.
La tortue luth : la plus grosse tortue marine au monde avec un poids entre 450 à 900 kg et une taille de 160/180 cm. Elle se nourrit quasi-exclusivement de méduses. Les tortues luths viennent pondre entre les mois d'avril et août. Les plages de l'Est accueillent près de 5 000 pontes tous les ans.
L’anatomie particulière de la tortue luth caractérise la famille des Dermochelyidae dont toutes les autres espèces ont disparu depuis l’ère tertiaire. Le trait le plus remarquable est l’absence visible de carapace avec des écailles comme chez la plupart des autres tortues.
La protection du dos est assurée par un épaississement marqué de la peau, qui forme ainsi une pseudo-carapace lisse ayant l'aspect du cuir.
La protection du dos est assurée par un épaississement marqué de la peau, qui forme ainsi une pseudo-carapace lisse ayant l'aspect du cuir.
Son nom "luth" vient donc de la forme de son dos qui rappelle un instrument de musique qu'il n'est pas nécessaire de nommer si vous avez suivi ;). En anglais, on l'appelle "leatherback" : dos de cuir.
Les menaces
Facteurs naturels de mortalité pour toutes les tortues marines : les adultes possédant peu de prédateurs en mer (requins, orques...) ou à terre (jaguar), ce sont surtout les nids et les nouveaux nés qui sont le plus exposées à des menaces. L'érosion des plages cause la destruction de centaines de nids et de nombreux prédateurs s'attaquent aux œufs et aux jeunes tortues émergentes (urubus, crabes, oiseaux, ratons crabiers...).
Menaces anthropiques (liées à l'homme) : aujourd'hui, les interactions avec l'homme ont pris une ampleur qui vient largement perturber le fragile équilibre qui s'est instauré au cours de l'évolution. Urbanisation du littoral, chien errants, surexploitation des ressources marines, captures accidentelles dans les engins de pêche et la pollution sont autant de facteurs qui mettent en péril l'avenir de ces espèces.
Seule 1 tortue sur 1 000 atteindra l'âge adulte...

Dès que nous avons su que les tortues commençaient à arriver, nous avons regardé attentivement le calendrier des marées car les tortues arrivent environ 2h avant la marée haute, pour avoir le moins de chemin possible à faire sur le sable.
Elles doivent ensuite creuser le trou, pondre les oeufs, reboucher le trou avant de repartir, environ 2h max après la marée haute car si l'eau est trop basse, c'est plus fatiguant pour elles, et il y a un fort risque d'envasement. Toute l'opération peut donc prendre plusieurs heures, sachant que ces énormes tortues marines ne sont pas à l'aise sur la terre ferme.
Elles doivent ensuite creuser le trou, pondre les oeufs, reboucher le trou avant de repartir, environ 2h max après la marée haute car si l'eau est trop basse, c'est plus fatiguant pour elles, et il y a un fort risque d'envasement. Toute l'opération peut donc prendre plusieurs heures, sachant que ces énormes tortues marines ne sont pas à l'aise sur la terre ferme.
L'idéal serait d'avoir la pleine lune pour voir naturellement les tortues. Sinon, nous nous équipons de lampe rouge qui ne les éblouissent pas.
Mi-avril, les conditions étaient réunies avec des marées à des heures correctes et la pleine lune ! Nous étions "au taquet" et nous avons été matin et soir sur la plage pour les voir arriver !
Réveils à 5h, arrivés sur la plage de nuit, nous avons vu le soleil se lever en prenant le petit déjeuner, avant que Pauline aille travailler, mais sans tortue ! Nous avons vu des traces, preuves que quelques tortues (3 sur notre plage) avaient été plus matinales que nous. Nous avons retenté notre chance le soir, mais sans succès, donc nous avons recommencé les jours suivants...
Se lever tôt et voir le soleil se lever, une belle façon de commencer la journée :)
Des habitués nous ont dit de ne pas nous inquiéter, quand les tortues arrivent, elles sont plusieurs sur la plage, parfois même en journée, et on ne pourra pas les louper ! Mais bon, étant aux premières loges car proches de la plage où elles sont sensées venir, on avait quand même envie d'une rencontre intime avec la géante tortue luth !
Grâce à Amandine et Bastien, la rencontre a eu lieu, puisqu'à 1h dans la nuit de samedi à dimanche 28 avril, ils nous ont appelé pour nous prévenir que des tortues luth étaient sur la plage ! Prêts à nous coucher, nous avons couru pour ne pas les louper ! Nous n'avons pas réussi à retrouver nos amis sur la plage dans la précipitation, mais nous avons rencontré une tortue !
Lorsque nous sommes arrivés, elle avait déjà pondue. Elle rebouchait le
trou, patiemment, pour bien envelopper les oeufs et les protéger des
prédateurs. Nous avions des lampes rouges pour ne pas l'éblouir, les
photos ne sont donc pas nettes. Sa tête était énorme ! Au moins 2 fois l'une des nôtres !
Nous sommes restés 2h auprès d'elle, en admiration devant ce "monstre" puissant et l'effort monumental qu'elle était en train d'accomplir. Cette tortue était bien fatiguée, son souffle était impressionnant. Elle s'est arrêtée pour se reposer, et nous aussi... nous nous sommes donc endormis à côté d'une tortue luth ! A 3h du matin, nous avons décidés de rentrer, sans l'avoir vu repartir à la mer malheureusement...
A vue de nez, elle faisait environ 1,6 m et 500 kg. Nous sommes partis nous coucher émerveillés de cette rencontre.
Dimanche 5 mai, on a remis ça avec un réveil à 5h avec les copains (Antoine est resté dormir à cause d'une vilaine grippe). Après un sprint de Pauline et Justine sur la plage, nous avons loupé une tortue luth qui venait de repartir... Tant pis, le lever de soleil et le moment avec Amandine et Bastien était chouette, enfin surtout avant la grosse averse !
On en passe des heures à arpenter la plage ! Il faudrait se calmer un peu mais nous, on a envie de voir d'autres tortues !!!
Mardi 7 mai, nous nous sommes inscrits à une sortie organisée par l'association Kwata pour avoir des informations sur ces animaux. Pendant qu'une bénévole nous "brieffait", elle a reçu un appel la prévenant qu'une tortue luth venait d'arriver sur la plage de Montabo, proche de notre lieu de rdv (un peu trop facile, non ?)
Cette fois, il faisait encore jour donc nous avons pu mieux voir la tortue. Comme indiqué plus haut, nous restions derrière elle pour ne pas la gêner (si la tortue voit des gens, elle peut repartir sans avoir pondu). On voit donc beaucoup l'arrière d'une tortue luth :)
Ses nageoires se transforment en pelles, et elle creuse.
Une fois qu'elle a creusé, elle procède à la ponte. Elle protège les oeufs avec une nageoire donc on ne voit pas grand chose. Dès qu'elle a terminé, elle écarte les nageoires et on aperçoit quelques secondes les oeufs ! Il y en a une 100taine. Au dessus du "tas", la tortue produit des oeufs non fécondés qui protègent les autres des prédateurs et de la chaleur.
Un oeil indiscret au coeur d'une mission intime...
Un oeil indiscret au coeur d'une mission intime...
Pendant la saison de ponte, la même tortue peut revenir plusieurs fois. En effet, elle s'est accouplée avec plusieurs mâles dans la zone de reproduction.
Elle a ensuite une spermathèque qui lui permet de procéder à la fécondation. Elle vient pondre, repart en mer, et reproduit une nouvelle "fournée" d'oeufs qu'elle viendra déposer dans la même zone. Elle peut ainsi revenir 3-4 fois pendant la période.
Elle arrive très grasse du Canada où elle se nourrit. Elle ne mange pas ou peu pendant la période de ponte donc avec les efforts qu'elle fait, elle perd beaucoup de poids. Ensuite elle repart jusqu’à l'année prochaine. C'est fascinant !
Elle repart très vite ! Elle est restée un peu plus d'une heure sur la plage, c'était une tortue très motivée !
Mercredi soir, petite balade sur notre plage (Salines). Nous aimerions voir arriver une tortue de la mer ! Celles que nous avons vues étaient déjà sur le sable. Nouvelle tentative infructueuse mais tant pis.
Cette semaine là, les tortues luth ont été nombreuses à venir sur les plages de Montabo et des Salines.
Les tortues vertes, bien plus petites et timides, se regroupent dans l'eau proches de la plage, et débarquent par dizaines ou centaines. Nous aimerions aussi pouvoir voir ce débarquement !
Jeudi 16 mai, Antoine se promène sur la plage quand il voit, de jour, une jolie tortue luth !
Pauline est en métropole pour le boulot et bien déçue d'avoir loupé cette nouvelle rencontre avec le départ à la mer de jour ... On y retourne un soir avec Amandine et Justine mais non, les tortues ne sont pas toujours au rdv !
Allez, on récapitule en vidéos pour voir si vous avez suivi :)
Ponte
Rebouchage
Camouflage
Et retour à la mer !
Rendez-vous dans 50 à 60 jours pour voir émerger les bébés tortues ! Ils peuvent mettre 2-3 jours à sortir de la coquille, escalader le monticule de coquilles et sortir du sable. Cela sera une nouvelle étape émouvante...
Vous n'avez donc pas fini d'entendre parler de tortues !


J'adore ces histoires de tortues !
RépondreSupprimerFaudrait venir voir alors ! Elles pondent jusqu'en juillet :)
Supprimer