Complètement à l'ouest !

Pour le grand week-end de l’ascension, nous sommes partis explorer une partie du département jusqu'alors inconnue, l'ouest, avec Sarah, Emmanuelle, Justine, Matthieu et Fabien.

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1ère nuit dans une crique après Iracoubo. Les moustiques font un festin ! Même à travers les vêtements et les hamacs...


Jeudi 30 mai : Saint-Laurent du Maroni
C'est la 2ème ville de Guyane avec 44 000 habitants.

Une pensée fleurie pour le 1er anniversaire de la petite Lucie ;)


Epaves de bâteaux échoués.


Nous revenons évidemment sur l'histoire des bagnes avant de plonger dans la visite du camp de la transportation.

Si vous n'avez pas le courage de lire, descendez voir plus loin pour voir des belles photos du reste du week-end ;)


Les bagnes de Guyane

Un bagne et une prison sont deux institutions très différentes. Le Code pénal de 1810 prévoit en matière criminelle les peines suivantes : la mort, les travaux forcés à perpétuité, la déportation, les travaux forcés à temps et la réclusion. Les condamnés aux travaux forcés sont donc condamnés par des cours d’assises pour des crimes et ils doivent effectuer leur peine au sein d’un bagne. Un bagne est donc le lieu où s’effectue la peine des travaux forcés et depuis 1852, officiellement depuis la loi sur la transportation du 30 mai 1854, les bagnes se situent dans des colonies : en Guyane et en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit du régime de la transportation et les transportés doivent être occupés aux « travaux les plus pénibles de la colonisation » (Donet-Vincent 2003).

En 1850, la France décide, sous la pression de la bourgeoisie, « d’assainir » les ports de Brest, Rochefort et Toulon, dont les pénitenciers étaient surpeuplés. De plus, l’abolition de l’esclavage (1848) sonnait la fin d’une main d’œuvre bon marché dans les colonies. En optant pour la déportation des condamnés en Guyane, le gouvernement pensait satisfaire les besoins de son activité économique, tout en favorisant la colonisation.
En 1857, une commune agricole est créée sur les rives du Maroni. Les "aspirants colons", condamnés aux travaux forcés, y seront exilés en vertu de la Loi sur la transportation.

Le camp de la transportation, au coeur de la ville, aura pour mission la réclusion des bagnards chargés de construire et d'entretenir la ville, mais sera aussi la plaque tournante pour répartir les forçats dans les camps forestiers, les îles du Salut ou l'un des 50 bagnes du département. Une loi va même autoriser l'exil définitif des délinquants multirécidivistes (relégués).

Le travail de colonisation commence en 1858, juste après l'inauguration de la cité pénitentiaire. Saint-Laurent devient alors pénitencier agricole. Cette ville au milieu de la jungle a été choisie car de l’autre côté du fleuve Maroni se situe Albina, au Surinam, où les hollandais sont implantés. Les conditions de vie doivent donc être acceptables, et des échanges possibles.

L'idée de coloniser et de développer l'économie de la Guyane à la manière des Anglais en Australie se concrétise. La région de Saint-Laurent devient un exemple, et un certain nombre de concessions où l'on cultivait la banane et la canne à sucre sont tenues par des condamnés. Plusieurs chantiers forestiers sont ouverts. (Nous vous avions présenté dans un précédent article : le bagne des annamites, un des bagnes forestiers).

Fier de ce succès, le gouvernement français décide de fixer les transportés. Pour qu’ils restent en Guyane, ils sont assignés dès le départ à la double peine « Le doublage » : après une condamnation inférieure à huit ans, le transporté se voyait dans l’obligation de séjourner libre dans le territoire de la Guyane un temps équivalent à la peine qu’il venait d’accomplir : 7 ans de bagne + 7 ans en Guyane par exemple. Pour les peines supérieures, le retour n’était plus envisageable :  assigné à résidence = exil à vie.


Plusieurs régimes de condamnés cohabitent donc au sein des bagnes :

- les « transportés » : condamnés aux travaux forcés pour crimes.
Il y avait trois catégories de transportés : les travaux les plus pénibles pour les nouveaux arrivants, puis travail allégé enfin avec une possibilité d’emploi chez des particuliers pourvoyant à leur entretien et versant à l’Administration une modique redevance. Une commission d’avancement modifiait selon leur comportement, la rigueur de leur traitement. 

- les « relégués » : la peine de relégation ne frappait aucun délit particulier. Il suffisait d'avoir été condamné plusieurs fois pour être relégué en Guyane. La relégation était toujours à vie.

- les « déportés » : espions, activistes politiques et traîtres, condamnés, tel le capitaine Dreyfus, par des tribunaux militaires. Prisonniers politiques français, les déportés n'étaient pas astreints au travail.

- les « libérés » : ayant entièrement purgé leur peine, donc totalement libres de leurs actes dans la colonie. Ils avaient la possibilité de rentrer à leurs frais en France après un doublage égal à la durée de la peine subie.
Privés de toutes ressources, (les employeurs éventuels préférant prendre en concession des bagnards en cours de peine à un tarif inférieur aux salaires exigés par des ouvriers libres), ils traînaient misérablement une existence sans espoir, certains en arrivant à commettre contre leur gré des actes délictueux pour être réintégrés au Camp où un repas leur était assuré.

Une autre manière a été essayée pour fixer les bagnards et développer la Guyane : en 1859, arrive à Saint-Laurent un premier convoi de femmes condamnées. Toutes sont volontaires et choisies parmi celles qui ont le plus de chances de retrouver une vie normale. Elles sont gardées par des Sœurs au couvent. Les condamnés ayant une bonne conduite pouvait demander à leur supérieurs pour ce choisir une de ces femmes...
Le but est de les marier à des bagnards, pour qu’ils s’établissent sur le territoire. Le dernier convoi arrive en 1905.

L'entreprise est un échec.

Ce projet s’achève rapidement car la IIIème république naissante instaure un régime très répressif à l’égard des malfaiteurs. Les bagnes forestiers notamment connaissent des taux de mortalité très important. A ce moment-là, il ne s’agit plus de coloniser un territoire grâce à la main d’œuvre pénale, mais d’évincer de métropole les criminels jugés irrécupérables (le terme de génocide est aujourd'hui évoqué...).

Sur près de 68 000 transportés de 1852 à 1938 : 50 000 vont périr, 1 400 s’évadent et à peine 300 anciens bagnards s’établissent en Guyane, après la liquidation définitive du bagne en 1947.                                 
La littérature et la presse vont relater les crimes et la cruauté que génère ce régime carcéral. L’image du pays en sera ternie pour longtemps. Albert Londres va militer pour la fermeture du bagne par ses articles cinglants parus dans « Le petit Paris ».

Le camp de la transportation


Le pénitencier de Saint-Laurent est fondé en 1857 et l'année suivante sont installés tous les services de l'administration pénitentiaire, les bureaux, les hôtels pour le personnel supérieur, les maisons des employés subalternes et des gardiens, ainsi qu'un hôpital de douze bâtiments.

Le pénitencier de Saint-Laurent est un lieu mythique où tous les bagnards, à leur arrivée de métropole, étaient débarqués. Après une visite médicale, on les répartissait dans les différents centres pénitentiaires de Guyane.

Visite guidée par une sympathique belge qui ne mâche pas ses mots.. 

Les deux bâtiments de l'Administration pénitentiaire. Sur la droite, l'infirmerie. Sur la gauche, le logement des surveillants et des "porte-clés": condamnés eux-mêmes, chargés de surveiller les autres condamnés. Plusieurs arabes ont occupé cette fonction (diviser pour mieux régner). Ils étaient séparés des autres bagnards pour des raisons évidentes de sécurité.






Le quartier des Relégués : bâtiment collectif pouvant accueillir jusqu'à 40 condamnés et 19 cellules individuelles. 

Le quartier des Libérés est à droite, non accessible au public. Les détenus vivent dans les mêmes conditions que les relégués.

Les Blockhaus avec une capacité de 40 bagnards, mais qui en accueillaient parfois le double dans des conditions particulièrement pénibles : entrave pour les plus récalcitrants, promiscuité, manque d'air, de lumière et conditions sanitaires spartiates.



Le Quartier Spécial regroupant 12 cellules réservées pour les condamnés à mort.
Avant leur exécution, les condamnés avait droit à un dernier repas, un verre de rhum et une cigarette. La guillotine était utilisée pour les condamnations à mort à la vue des autres bagnards. Le bourreau était un bagnard volontaire et lui conférait une situation " privilégiée " (primes, repas différents).

La cellule 47, célèbre pour avoir accueilli Henri Charrière dit " Papillon ".


Ces bâtiments ont été abandonnés pendant longtemps. Ils sont aujourd'hui conservés pour témoigner de l'histoire.

Après cette bouffée d'histoire et d'horreurs, on sort.
En gardant en tête que pour être envoyé en bagne, il suffisait par exemple d'être arrêté 3 fois sans ses papiers...

Logement : carbet de ville chez Gilbert




Nous partons avec Gilbert en pirogue pour une découverte du Maroni et des gens du fleuve : les Bushinengués.

On voulait vous parler de ce peuple, mais cet article étant déjà très long avec les bagnes, nous y reviendrons une autre fois !

Le fleuve Maroni est très large et long de plus de 600 km. C'est la frontière naturelle avec le Suriname. (A l'est, c'est l'Oyapock qui fait frontière entre la Guyane et le Brésil). 
Le fleuve est important car c'est aussi le seul moyen de rejoindre les communes intérieures : Apatou, Grand Santi, Papaïchton, Maripasoula... 
Certaines îles sur le fleuve sont surinamaises, d'autres guyanaises.


Court arrêt pour prendre des passagers à Regina au Suriname

Nous accostons sur L'île des lépreux





Sur la pirogue, pensifs...






La Goélette, bateau échoué sur lequel nous dînerons quelques heures plus tard.



Coucher de soleil sur le Maroni, on n'est pas bien là ? :)









Dîner à la Goélette

Le savoureux "jamais goûté", sauce maracudja

Vendredi, on commence la journée par une dégustation de cacao guyanais chez Drupa qui a créé : THEOBROMA, de l'arbre à la tablette ! Sa petite entreprise se développe et on lui souhaite plein de bonnes choses.

On met la main à la pâte avec plaisir pour travailler ces fèves délicieusement parfumées !

  


Dégustation du chocolat chaud que nous venons de réaliser !



Et dégustation des palets "maisons" : sésame, gingembre, couac, curcuma, piment... A vous de choisir !

Nous nous dirigeons ensuite à Awala Yalimapo pour passer deux nuits dans ce "camp de vacances" à Simili.


La très belle plage de Yalimapo








Ce village est connu pour être un lieu important de pontes de tortues. Nous voyons effectivement beaucoup de nids. Mais malheureusement, beaucoup d’œufs sont détruits par les chiens errants et les vautours.
Photo de famille !

Magnifique coucher de soleil. On peut à peine l'admirer jusqu'à la fin tant les moustiques, eux aussi réputés ici, nous attaquent !


Réveil à 5 h pour voir les tortues ! La marée était haute à 4h donc c'est un peu tard. Elles arrivent en général avant. Nous ne voyons qu'une tortue luth, se débattant dans la vase en essayant de quitter la plage...

Malheureusement elle restera coincée jusqu'à ce que l'eau remonte.


Samedi 1er juin : Awala
Awala et Yalimapo étaient deux villages amérindiens dépendant de la ville de Mana, aujourd'hui regroupés en une commune.
Nous visitons Awala avec Olivier, un natif du village. Il nous raconte avec humour et passion la vie du village, son histoire, ses souhaits pour l'avenir...

Le paysage change. Des plages disparaissent tandis que des mangroves apparaissent. Les habitants doivent s'adapter.



Marche dans le village sous un soleil de plomb.

Le carbet du village, ouvert à tous pour une nuit.

Les feuilles de bananier et les courants d'air rendent cet endroit frais et agréable.



Une tentative d'animation moderne dans le village ! Le DJ a dû fermer à cause du bruit qui gênait les villageois habitant juste à côté.

Fin de journée à la plage avec Elise et Alice qui nous ont rejoint.


Dîner à Buffalo. Différent et plus typique que la chaîne de métropole ! On goûte notamment un tournedos de buffle savoureux.

Dimanche 2 juin : Mana
Petite déconvenue car le centre d'arts est fermé. Mais la jolie église Saint-Joseph de Mana est ouverte et active.



En face, le centre Anne-Marie Javouhey et son beau jardin.



Dernier arrêt sur la route du retour à Iracoubo
Cette église est un ancien hangar à coton, elle fut achevée en 1893, elle est classée monument historique.




C'est un bagnard qui réalisa les peintures intérieures de 1892 à 1898. Il prit tout son temps pour peindre ces décors pour profiter des meilleures conditions que celle du bagne.
Ce style de fresque très originale se rattache à l'art naïf reconnu comme courant artistique de l'époque (courant marginale aux couleurs franches et surabondantes).




Nous rentrons ravis de ce week-end. Nous avons appris plein de choses et rencontré les peuples Bushinengués et Amérindiens. Les week-ends en hamac, et particulièrement celui-ci avec les nombreux moustiques, ne sont cependant pas de tout repos !

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